Artemis Fowl : ce qui cloche avec la version Disney

Les adaptations cinématographiques des romans ont souvent mauvaise presse. En cause, le décorticage des intrigues, capital pour une expérience télévisuelle marquante, qui conduit souvent à la conception, soit de personnages fade et ennuyeux, soit de personnages cheatés capables de sortir sans trop de mal de n’importe quelle situation. Le film Artémis Fowl n’a pas manqué de tomber dans ce cinéma-faux-pas avec une intrigue décousue après qu’elle ait été dépouillée d’éléments essentiels qui rendaient l’histoire d’origine si attachante.

Synopsis

La vie du jeune Artémis Fowl II, génie âgé d’à peine 12 ans, bascule le jour où son père Artémis Fowl Sr est enlevé par une Fée renégate du nom d’Opale Koboï. Celle-ci lui propose d’échanger la vie de son père contre un artéfact appelé « Aculos ». C’est alors qu’Artémis découvre que les créatures des contes de fée celtiques existent bel et bien et que les membres de sa lignée sont des génies du crime. Afin de sauver son père, Artémis monte un plan hautement sophistiqué, qui commence par la capture d’une Fée — en l’occurrence, la Capitaine Holly Short — afin de forcer le Commandant Root, cheffe des F.A.R.F.A.DET (Forces Armées de Régulation et Fées Aériennes de DETection) et le voleur nain Mulch Diggums à lui amener l’artéfact en question. Mais Opale avance également ses pions…

Le film est réalisé par Kenneth Branagh ( celui qui joue Gilderoy Lockhart dans Harry Potter ), avec pour distribution principale Ferdia Shaw, Lara McDonnell, Josh Gad, Colin Farrell, Judi Dench, Nonso Anozie, Nikesh Patel, etc.

J’ai suivi ce film sans aucun bagage, ce qui m’a permis de le juger indépendamment des livres. je l’avait trouvé plutôt pas mal, mais sans plus. Il m’a tout de même donné l’envie de lire les bouquins. Si j’avais trouvé le film assez bon, il n’en est pas de même pour les romans que je trouve passionnants grâce à des personnages développés menés de main de maître par un Artémis Fowl charismatique et attrayant.

Loin de moi l’idée d’exiger qu’une adaptation cinématographique ou télévisée soit la copie conforme de son œuvre originelle. Il est tout de même important de garder les éléments qui forment la charnière de l’histoire, en l’occurrence la psychologie des personnages, surtout du protagoniste principal.

J’ai relevé trois éléments qui n’auraient jamais dû être changé et qui auraient rendus l’intrigue plus cohérent et plus réaliste.

Artémis Fowl

La plus grande difficulté d’adapter des personnages adulés au cinéma, c’est de les retranscrire dans toute leur complexité et de garder les traits de caractère qui plaisent aux fans. Le succès de cette entreprise n’a pas été au rendez-vous pour la marque à la souris. Leurs psychologies ne sont pas bien développés, surtout celle d’Artémis.

La pire erreur a été de transformer Artémis fowl en un gentil petit garçon et sa famille en une bande de héros luttant contre le mal. Celui des romans est beaucoup plus complexe. Il est beaucoup plus calculateur et beaucoup plus impitoyable, du moins au début. C’est en côtoyant le capitaine Holly Short qu’il change. Il est issu d’une famille de criminels et est initié à ce milieu dès son plus jeune âge. Il est obligé de prendre en charge les affaires de la famille qui fait face à une situation financière catastrophique, après la disparition de son père. C’est la raison pour laquelle il prend en otage le capitaine Holly Short, pour demander une rançon.

Les films pour enfants ont souvent la fâcheuse habitude de réduire les nuances de caractères des personnages avec d’un côté des gentils qui finissent toujours par gagner, et de l’autre des méchants caricaturaux. Il aurait été donc intéressant de garder le parcours de rédemption d’Artémis en développant à la base un personnage antisocial qui s’humanise grâce à ses rencontres.

De même, faire d’Artémis un grand sportif capable de manier les armes de fées en quelques instants n’était pas la meilleure des choses à faire. S’il n’ y avait pas eut l’ajout de l’aculos au scénario, on aurait eut l’impression que ses compagnons étaient accessoires. Je préfère le fait qu’Artémis soit nul en sport dans les romans. Il a beau être un génie, il a besoin de son garde du corps Buttler pour « intervenir avant que les coups ne pleuvent« , du capitaine Holly Short pour ses capacités physiques et sa débrouillardise, de Mulch pour ses talents de voleur et sa capacité de creuser des tunnels et de Foaly en soutien technique. Ses facultés sont purement intellectuelles, et sans ses amis, il est beaucoup plus vulnérable. C’est l’une des choses qui me dérangent dans ce film, Artémis est un virtuose en tout, ce qui le rend moins réaliste.

En plus, son alliance avec Holly Short est trop rapide. C’est vrai qu’ils se découvrent une ennemie commune, mais ce n’est pas une raison pour qu’ils deviennent « des amis pour la vie » aussi vite. Le capitaine Short oublie trop rapidement qu’Artémis l’a prise en otage et celui-ci lui fait trop rapidement confiance, allant jusqu’à enlever ses lunettes alors que son otage a le pouvoir d’imposer sa volonté aux humains. Encore plus absurde, ladite otage n’utilise pas son pouvoir sur son geôlier.

De ce fait, sa réplique « je vais maintenant mener ma carrière de génie du crime » vers la fin du film sort de nulle part, tel un lapin sortant du chapeau d’un magicien. Rien dans le film ne montre que c’est un criminel. Artémis Fowl est juste un garçon poussé à la dernière extrémité pour sauver son père.

L’aculos

La magie des fées provient de cet artefact, un véritable McGuffin, dont on ignore les limites. J’ai beaucoup aimé la magie des fées en lisant les livres. Elle n’est pas illimitée, elle doit être renouvelée chaque fois en plantant le gland d’un chêne centenaire ramassé près d’un cours d’eau lors d’une nuit de pleine nuit. Elle a donc une dimension écologique. En plantant les glands, les fées protègent la nature.

Le fait que la magie soit épuisable crée plus de suspense. Holly se retrouve plusieurs fois à cours de magie dans les livres. Dans ce genre de situation, elle s’en sort grâce à ses compétences physiques et intellectuelles.

De plus, elle exige beaucoup de contraintes. Les fées n’ont par exemple pas le droit d’entrer chez les humains sans y être autorisés, sinon elles perdraient leurs pouvoirs ( du moins dans les cinq premiers tomes ). C’est ce qui est arrivé à Mulch qui n’a plus le moindre pouvoir après avoir cambriolé des humains. Il y a ainsi un principe philosophique de la relation de cause à effet. Ceux qui agissent mal sont punis.

L’introduction du MI6

Mulch Diggums est le personnage le plus fantasque du film. Il est aussi habile au vol que dans les livres. Son personnage aurait été plus agréable à suivre s’il n’avait pas revêtit l’habit du conteur. En effet, il explique les caractères des personnages et les événements au fur et à mesure qu’ils se déroulent, ce qui n’est pas du plus bel effet.

Le fait qu’Artémis orchestre l’arrestation de Mulch par le MI6, pour que ses agents l’aident à débarrasser sa famille des journalistes qui campent devant leur manoir, est un non-sens ( encore une preuve que cet Artémis Fowl n’est qu’une pâle imitation de celui des livres ). En dévoilant l’existence des fées aux agents gouvernementaux, il prend le risque que ceux-ci décident de les exploiter ou de les exterminer, crachant au passage sur le travail de ses ancêtres qui ont œuvré pour que leur existence demeure sécrète.

Dans le prochain volet ( s’il y en a ), Artémis devrait donc lutter contre les agents gouvernementaux. Ne pas insérer ce scénario serait illogique parce qu’aucun gouvernement ne laisserait des civils douteux gérer une telle situation. Je sais que c’est un programme destiné à des enfants. Mais ce n’est pas une raison pour produire de telles absurdités.

Dans l’ensemble, ce film n’est pas mal, malgré quelques facilités scénaristiques ( comme le personnage de Juliet qui ne sert pratiquement à rien ). Il est très plaisant à suivre, même en prenant en compte les romans. Mais je comprends que certains fans soient montés au créneau. Néanmoins, je trouve injuste de désavouer le film juste parce qu’il ne retranscrit pas l’œuvre original.

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