Connaissez-vous les tissus traditionnels africains ?

Lorsque l’on pense à un tissu africain, c’est le Wax qui nous vient généralement à l’esprit, bien qu’il ne soit pas d’origine africaine. Importé par les hollandais au XIXème siècle, il est inspiré du batik et  a rapidement supplanté nos tissus traditionnels, les reléguant aux cérémonies officielles, avant de conquérir le monde entier.

 Pourtant l’Afrique est doté d’une culture textile riche et vieille de plusieurs siècles. En effet, une importante industrie de filature et de tissage était présente en Afrique de l’Ouest, notamment au Soudan dès le XIème siècle et dans les régions de Tombouctou, de Gao et Djénné au XIVème siècle. 

Voici dix tissus traditionnels africains.

Le Bazin ( Mali )

Très populaire en Afrique de l’Ouest, le bazin est un tissu damassé, teinté de manière artisanale, et reconnaissable à sa raideur et à sa brillance. Il est obtenu en trempant un tissu blanc dans un bain de teinture. Il est ensuite rincé, égoutté et retrempé jusqu’à l’obtention de la couleur souhaitée. Les vêtements à base de bazin sont souvent agrémentés de broderies et de surpiqûres. Le monde de la décoration se l’est aussi approprié en l’utilisant pour la fabrication de rideaux et de linges de tables.

Plusieurs artistes honorent le bazin comme les chanteurs Amadou et Miriam, qui non seulement en portent souvent, mais ont aussi rendu hommage à ce tissu dans leur un album, sorti en 2005, intitulé « Beau dimanche ». La styliste Thérèse Ngann le valorisait aussi dans ses créations.

Source : queenmafa.net

Le Faso Dan Fani ( Burkina Faso )

Littéralement, le Faso Dan Fani signifie « pagne tissé de la Patrie », un nom qui lui va comme un gant car c’est le tissu emblématique du Burkina Faso. C’est le symbole du patriotisme burkinabé grâce à Thomas Sankara, au pouvoir dans les années 1980, qui l’a imposé par décret à ses fonctionnaires.

Traditionnellement, les rôles dans la fabrication de ce tissu sont répartis par sexe : les femmes récoltent, filent et teignent le coton tandis que les hommes le tissent sur leurs métiers à tisser horizontaux. Ils confectionnent ainsi des bandes plus ou moins larges qui sont rassemblées pour former un pagne.

Après une brève déchéance, le Faso Dan Fani est redevenu à la mode. Ce tissu peut aussi bien s’harmoniser en accessoires tels que les coussins, les foulards, les pochettes, les sandales, etc.

Pour mieux protéger ce trésor national, le gouvernement burkinabé l’a labellisé auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (oapi ).

Source : co.pinterest.com

Le Rabal( Sénégal et Guinée-Bissau )

Fabriqué par les Manjack de Guinée-Bissau et de Casamance, le Rabal est entièrement brodé à la main.  Il est très fin et présente des motifs aux bandes colorées, souvent dans les tons orangés, qui s’inspirent surtout de symboles de fécondité, en plus de ceux du baobab et du fromager. Le Rabal est souvent porté et offert dans de grandes occasions comme les mariages ou les naissances. Pour le rendre plus souple et maniable, il est souvent mélangé au Raphia naturel et à la soie.
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Le Ndop ( Cameroun )

Le Ndop est une étoffe rituelle des Bamiléké et des sociétés sécrètes, de par sa valeur symbolique. En effet, ses motifs permettent de transmettre des messages codés de paix, de fécondité, etc. Le Ndop est constitué d’un assemblage de bandes de coton, cousues bord à bord, avec des motifs géométriques blancs se détachant sur un fond bleu indigo, qui varient selon les lieux. Tissu d’apparat par excellence, il sert à fabriquer les vêtements des rois et des notables. Le Ndop est aussi utilisé pour habiller les sites et les loges des rois pendant les cérémonies, surtout pendant les funérailles. Il sert même de linceul pour les dépouilles des rois et des notables et de vêtements de deuil pour leurs parents. 

Couverture et coussins en ndop. Source : pagnific.com

Le Samakaka ( Angola )

C’est le symbole des Mumuila, une ethnie du sud-ouest de l’Angola. Les membres de cette ethnie ne couvrent que leurs parties intimes à l’aide de tissus aux couleurs vives. 
Les imprimés de ce tissu comportent habituellement toutes les couleurs du drapeau angolais : le noir qui symbolise l’Afrique, le rouge pour le sang versé par les personnes qui ont lutté contre la colonisation et le jaune pour les richesses du pays.

Le Raphia ( plusieurs pays d’Afrique )
Utilisé par plusieurs ethnies africaines, le Raphia est obtenu à partir de jeunes feuilles de palmiers séchées et émincées en fils battu, ce qui les rend plus souples. Il peut aussi être obtenu à partir du Liber ( tissu végétal situé entre l’écorce et le bois ). Le raphia peut être teint avant ou après le tissage. Les techniques du tissage sont les mêmes que celles des pagnes en coton. Traditionnellement, ce sont les hommes qui se chargeaient de cette tâche, tandis que les femmes s’occupaient de la broderie dont les motifs variaient selon les tribus.
L’art du tissage en raphia était emblématique de  la royauté et de la noblesse au Royaume Kongo et au Royaume Loango.Les tissus les plus élaborés sont les velours du Kasai de l’ethnie Kuba . Ce sont des canevas, presque carrés, où un fil très fin passe sous le tissu et ressort par-dessus et est ensuite coupé, lui donnant ainsi son aspect velouté. A cause de sa valeur considérable, le velours du Kasai était utilisé comme monnaie, dot, couverture ou comme linceul. Il était aussi utilisé pour tapisser les trônes de souverains.

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Source: sanlishop.ci



Le Korhogo ( Côte d’Ivoire )

Il est surtout utilisé pour la décoration intérieure sous forme de toiles dont les motifs sont sacrés pour les Sénoufos. Le Korhogo est constitué d’étroites bandes de tissus, cousus côte-à-côte, sur lesquelles on peint des motifs à l’aide de petits bouts de bois et de pigments naturels.

Les motifs représentent souvent des personnages, des animaux et des éléments de la nature. Le peintre les peint, traditionnellement, sur les indications d’un féticheur, sous la consultation d’un tiers.





Source : keniwa.com


 Le Dashiki ( Nigéria )

En YoroubaDashiki signifie « courte tunique sans manche ». Ce terme a été emprunté du Haoussa, dan ciki, qui signifie littéralement « dessous » en référence aux courtes tuniques portées par les hommes sous leurs boubous. 

Cette tunique ample aux couleurs vives est devenue un moyen de revendiquer son héritage africain depuis les mouvements de contre-culture blanche dans les années 1960 aux Etats Unis. Cette revendication est à son apogée pendant le mois de février qui est considéré comme le mois de l’histoire noire. Plusieurs artistes afro-américains telles que Béyoncé et Rihanna l’ont déjà arboré.

Lorsqu’il est porté pour une occasion officielle, le Dashiki est fabriqué en brocard de soie et cousu avec une broderie délicate aux encolures ou aux poignets. Pour les Yoroubas, certains Dashiki sont portés en fonction des événements ou des émotions. Par exemple, le blanc est porté par les mariées.





Source : afroculture.net




Le Lépi ( Guinée-Conakry )

Il est aussi appelé pagne indigo, à cause de son unique couleur, l’indigo, et est originaire de la région de Moyenne Guinée. Le lépi désigne les motifs à rayures du pagne et non la couleur indigo. C’est un tissu très léger qui est fabriqué avec des matériaux naturels tels que l’écorce des arbres et les plantes végétales pour sa teinture, respectant ainsi les normes environnementales.

Symbole de la Guinée Conakry et de l’ethnie Peul en particulier, le lépi est souvent porté lors de grandes occasions comme les mariages. Selon les croyances, celui qui le porte est à l’abri des sorciers.
 
En 2019, s’est tenue la première édition de la nuit du Lépi pour faire la promotion de ce pagne.





Source : pinterest.ca



Le Kente ou Kita ( Ghana et Côte d’Ivoire )

Kente signifie « panier » ou « tissu tissé » en Akan ( langue et ethnie du Ghana ). Il s’agit d’un type de tissu de soie et de coton composé de bandes de tissus entrelacés aux couleurs vives.

Les vêtements de Kenté étaient jadis réservés à la royauté du Royaume Ashanti et des chefs Ewé et étaient considérés sacrés. Bien que son usage se soit généralisé, il continue d’être un symbole de richesse, de noblesse et de prestige.

Les modèles de tissus Kente varient, avec les différents designs, couleurs et motifs, chacun ayant leur propre signification, selon les cultures. Par exemple, la couleur bleu désigne la paix et l’harmonie, le vert désigne la croissance, le blanc désigne la pureté et le jaune, la fertilité et la santé.




Source : afriquefemme.com




Les traditions textiles africaines sont riches et variées.  Les étoffes sont non seulement richement colorées, mais ont aussi des motifs spécifiques à chaque ethnie et à chaque pays et sont de très bonne qualité. Malheureusement, leurs fabrications sont souvent artisanales et dépendent  du domaine économique informel. Ce modèle les rend beaucoup plus chers, à cause d’innombrables heures de travail, et les cantonnent ainsi aux grandes occasions. Cette situation renforce l’importation de contre-façon. Seule la mise en place d’une véritable politique de revalorisation devrait redonner aux textiles africains ses lettres de noblesse.





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