Les leçons du sorcier, les perles de sagesse de la saga l’épée de vérité

 

Les 11 premiers tomes de la saga l’épée de vérité énoncent, chacun, une règle dite leçon du sorcier. Chacune de ses leçons possède une dimension philosophique  inspirée de l’objectivisme d’Ayn Rand. Certaines sont semblables à des proverbes, en fait c’est ainsi que j’ai tendance à les considérer.

Ces leçons sont réservées uniquement aux sorciers, qui les considèrent comme extrêmement dangereuses. Bien qu’elles paraissent ridicules, elles peuvent se révéler plus dangereuses que les armes ou même la magie, pour une personne qui sait s’en servir. Cette dangerosité est due à leur véracité, car la vérité c’est le pouvoir. Les leçons du sorcier sont donc des moyens transmis pour mieux manipuler les gens. Plusieurs personnages s’en servent tout au long de la sage. C’est le cas de Darken Rahl, Richard et Jagang.

  1. Les gens croient un mensonge, parce qu’ils veulent qu’il soit vrai ou parce qu’ils craignent qu’il soit vrai

Cette règle dit que les hommes sont stupides. D’après Zedd, les gens peuvent tout croire avec la motivation adéquate. A cause de leurs préjugés, ils tiennent pour authentiques, leurs croyances et connaissances erronées. Même quand ils parviennent à distinguer la vérité du mensonge, ils sont persuadés du contraire et deviennent plus faciles à berner. De plus, redouter qu’une chose soit vrai revient à accepter une possibilité, et c’est le premier pas vers la crédulité.

Il est très facile d’embrigader des gens, au nom d’une « bonne cause », en utilisant cette leçon, pour les pousser à commettre d’actes atroces. Car cela est généralement plus important que la vérité. Par exemple, Darken Rahl  donnait aux gens une cause commune, en leur désignant un ennemi commun responsable de tous leurs maux, il leur confiait ainsi les basses besognes tandis qu’il s’occupait des choses les plus importantes. Il a ainsi conquis les contrées du milieu, pratiquement sans la moindre résistance. Richard se sert de cette leçon pour pousser Darken Rahl à ouvrir la mauvaise boîte d’orden. 

L’utilisation de la première leçon du sorcier convient parfaitement aux politiciens, surtout aux dictateurs et aux populistes qui, pour réussir leurs objectifs, dressent les électeurs contre une catégorie de la population ou contre une caste sociale. Ceux-ci sont alors prêts à croire que pour résoudre leurs problèmes, ils doivent d’abord se débarrasser  d’un quelconque groupe ethnique, religieux, politique, médiatique ou économique.

Nul n’est immunisé contre cette leçon. Il faut donc toujours être vigilant pour ne pas en être victime un jour. Seules la réflexion et la sagesse permettent de s’en préserver. Pour mieux distinguer la vérité du mensonge, les sorciers créèrent les sourciers et les inquisitrices lors des grandes guerres.

2. Les pires maux découlent des meilleures intentions

Cette leçon est analogue au proverbe «  l’enfer est pavé de bonnes intentions« .  D’après Nathan, faire ce qui semble bien peut parfois être une erreur. Paradoxalement, la bonté peut être un chemin insidieux vers la destruction. Il faut donc être assez avisé pour prévoir les conséquences de ses actes. 

Pour parachever ses explications, Nathan donne l’exemple, des peuples qui prêchent la non violence et qui finissent souvent par se faire massacrer. Alors que, la simple menace de représailles peut parfois suffire à éviter une guerre. Comme le dit si bien une locution latine,  » Si tu veux la paix, prépare la guerre« .

Cette leçon est violée plusieurs fois dans la série :

  • quand Richard utilise la première leçon du sorcier contre Darken Rahl, aboutissant à la déchirure du voile séparant le monde des morts de celui des vivants.
  • l’enlèvement de Richard par les sœurs de la lumière obligera Richard à détruire les tours de la perdition, permettant ainsi à l’ordre impérial d’envahir le nouveau monde.

Les seuls remèdes contre cette leçon sont la connaissance, la sagesse, la prévoyance et une bonne compréhension de la première leçon du sorcier.

3. La  passion  domine  la  raison

D’après Kolo, c’est la leçon la plus insidieuse de toutes. Il s’agit d’un garde-fou : la passion fanatise et rend aveugle à tout raisonnement. Devant un danger, l’angoisse peut devenir incontrôlable. Lorsqu’on est pris dans les mailles du filet de l’angoisse et du mensonge, on devient inaccessible à la logique. 
 
 
4. Absoudre, c’est donner aux autres. Mais aussi recevoir d’eux plus que ce qu’on leur a offert
 
Cette règle est énoncée par un sorcier tué par Shota. Il existe une véritable magie contenue dans le pardon, une magie capable de tout guérir. Pardonner permet, non pas d’oublier ses blessures, mais d’avancer dans sa vie.  Cette règle permet à Richard de quitter le temple des vents.
 5. Fiez -vous aux actes des autres, pas seulement à leurs paroles, parce que leurs actes les trahissent, chaque fois qu’ils mentent
Cette règle illustre la propagande abusive de la philosophie de l’ordre impérial qui prône l’égalité des peuples et la paix. En dépit de ces nobles promesses, tous les hommes ne sont pas égaux dans l’ordre impérial car il existe toujours une hiérarchie sociale et toutes les personnes ne sont pas à la même enseigne. En plus, sous ce régime, les hommes sont considérés comme des esclaves. Paradoxalement, l’ ordre impérial n’aurait pas existé sans l’aval du peuple.
 
 6. Le seul souverain dont on doit accepter le joug est la raison
 
Ce qui existe, existe, et ce qui est, est. Toute la pyramide de la connaissance repose sur ces fondations. C’est la base même de la vie. Cette règle rappelle que refuser de regarder la réalité en face est le meilleur moyen de s’embourber dans ses problèmes.

« C’est le moyeu autour duquel tournent les autres leçons ! La plus importante, et aussi la plus simple. Pourtant, c’est celle qu’on viole et qu’on néglige le plus. Malgré les protestations des sbires du mal, nous devons nous y accrocher comme à une bouée de sauvetage. La misère, l’injustice et la dévastation guettent tous ceux qui s’éloignent du cercle de la lumière que la raison projette autour d’elle. Dans l’ombre, les demi-vérités guettent la première défaillance des tenants de la logique ! « 

« Sais-tu de quoi est pavé le chemin qui mène à la perdition ? De foi aveugle et de sentiments! Car avec eux, il n’y a pas de garde-fou, et toutes les horreurs deviennent possibles. La foi aveugle et les sentiments sont des poisons mortels, parce qu’ils fournissent une justification morale à toutes les dépravations ! Ce sont les ombres qui entourent la raison. Quant à la vérité, elle existe uniquement si on la regarde à travers le prisme de la raison. Sous son règne, il est possible de contempler dans sa totalité le miracle de la vie. »

Zedd à Kahlan dans le tome 6
 
Richard découvre cette leçon après une réflexion profonde après sa déroute lors des élections en Anderith. Elle lui permet ensuite d’endurer son séjour forcée à Altur’Rang.
 
 7. La vie c’est l’avenir, pas le passé
 
Le passé peut nous éviter de refaire les mêmes erreurs. Il peut nous enseigner comment agir, nous réconforter grâce à des souvenirs d’êtres chers et nous fournir de solides fondements pour construire l’avenir. Mais seul l’avenir est viable.
 Pour que l’avenir soit une expérience exaltante, chaque jour doit être nouveau et inédit. Ainsi, il faut réfléchir pour faire les meilleurs choix possibles, et pas se référer aveuglément à ce qui est révolu.
 
Richard énonce cette leçon à sa sœur, pour lui expliquer que les actes passés ne doivent en aucun cas dicter l’avenir, et pourquoi il choisit de lui laisser la vie sauve.
 
8. Méritez votre victoire
 
Cette leçon est analogue au proverbe  » A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Richard découvre cette leçon grâce à une inscription de Kaja-Rang sur le socle de sa statut. Elle indique qu’il faut lutter pour ses idéaux et croire en soi et à la légitimité de ses actes.
 
Grâce à cela, Richard cesse de penser qu’il doit compenser les vies prises par légitime défense, et qu’il peut manger de la viande.
 
9. Une contradiction ne peut exister, ni en partie, ni en totalité
Richard continue ainsi de croire à l’existence de Kahlan, même après avoir découvert sa supposée tombe, en dépit de nombreux indices, qu’il juge incohérents. Il estime ainsi que tout ce qui peut nier la réalité n’a pas sa place dans l’univers.
10. Se détourner délibérément de la vérité revient à se trahir soi-même
Cette leçon met en garde tous ceux qui optent pour le déni au lieu de voire la réalité en face, ceux qui croient que la réalité se plierait à leurs désirs.
Le déni est parfois si plaisant à vivre que certaines personnes qui refusent de voir la réalité en face, quelles que soient leurs motivations, détestent qu’on les arrache à leurs rêves éveillés. Pour défendre leurs fantaisies, elles peuvent se montrer violentes, même envers ceux qui les préviennent, les qualifiant « d’oiseaux de mauvais augure ». C’est le cas de la reine Cyrilla qui, malgré l’invasion de l’ordre impérial, choisit de mener une politique de neutralité, pensant que son pays serait ainsi épargné. En dépit de cette neutralité, son pays fut conquis, elle fut tuée et son peuple fut réduit en esclavage.
Richard, en tant que sourcier de vérité, fait de celle-ci son porte-drapeau dans la lutte contre l’ordre impérial.
11. La leçon non écrite et non prononcée
 
Cette leçon est laissée en héritage à Richard par Baraccus. Il s’agit d’un livre dont toutes les pages sont blanches. Elle rappelle que parfois pour trouver la solution d’un problème, il vaut mieux réfléchir par soi-même.
 
 
Dans le second arc de la série, d’autres règles sont évoquées, bien qu’elles ne semblent pas être liées aux leçons du sorcier :
  • On peut toujours détruire celui qui dit la vérité, mais pas la vérité elle-même.  La machine à présages répond ainsi à Richard lorsqu’il tente de la détruire. Cette règle me rappelle le mantra souvent prononcé par Liam dans la série Teen Wolf : « Il n’y a que trois choses au monde qui ne peuvent demeurer longtemps cachées, le soleil, la lune et la vérité« .
  • Il y a toujours eut des gens qui haïssent, il y en aura toujours. Zedd tente ainsi de convaincre Richard de cesser de s’occuper du sort du monde et que combattre le mal est une tâche sans fin.
  • Dans ce monde, tout doit mourir un jour. Sur ce point nous n’avons pas le choix. En revanche, notre façon de vivre dépend de nous.

Les leçons du sorcier sont connectées les unes aux autres. Ainsi, en croyant à un mensonge ou en se laissant guider par sa passion, on peut causer de grandes catastrophes, même avec les meilleures intentions du monde.  Dans la même optique, raisonner permet de distinguer la vérité du mensonge.

Aussi étonnant que ça puisse paraître, j’ai réellement adopté ces leçons. Par exemple, en regardant un film ou une série, il m’arrive de me dire  » Tel héros n’aurait pas commis un acte aussi stupide s’il avait connu les leçons du sorcier ». Certains héros agissent de manière si stupides qu’on pourrait croire que les scénaristes veulent glorifier la stupidité !

Assimiler les leçons du sorciers permet de comprendre la série et la philosophie de l’auteur.
 
 
 
 
 
 
 

 

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